dimanche 16 janvier 2011

Chine - la fin du "miracle" approche

On évoque dans cet article la bulle d'investissement chinoise et ses possibles conséquences politiques.

Constat sur la situation chinoise.

Jeudi dernier, un article sur l'économie chinoise, intitulé « Les Trente glorieuses chinoises touchent à leurs fins »,a été publié dans Les Echos. Il est intéressant de le lire.

Cet article n'est pas sans reproche. L'analyse économique est parfois inadéquate et la comparaison avec les Trente glorieuses est passable : la période de croissance extrêmement vive de la Chine n'a commencé qu'en 1990 (à la suite de la libération des talents par Deng Xiaoping) : c'est donc une période de 20 ans.

Néanmoins, l'article relate une série de faits qui peuvent guider notre analyse de la Chine :
  • La bourse de Shanghai a perdu 14 % en 2010 : les prévisions de rentabilité des grandes entreprises chinoises se sont donc dégradées.
  • L'inflation accélère en Chine : +11% des prix alimentaires en 2010 et une envolée des salaires (mesurés en monnaie locale). On apprendra, si on ne le savait pas déjà, que la main invisible est plus forte que la poigne de l'Etat : si celui-ci bloque autoritairement l'appréciation de la monnaie, alors l'ajustement « de Balasa-Samuelson » se fera par l'inflation locale, au bout d'un délai de latence plus ou moins grand.
  • Les autorités chinoises maintiennent un rythme de création de masse monétaire extrêmement fort. Elles n'osent prendre que des petites mesures insuffisantes pour modérer le crédit, et donc l'inflation.
  • La raison de cette retenue est que les créances douteuses sont énormes et qu'un resserrement trop fort provoquerait le défaut de paiement de beaucoup d'entreprises et de gouvernements locaux. En effet, la Chine se caractérise par un niveau de mal-investissement très important, c'est-à-dire de dépenses dites « d'investissement » non-rentables, réalisées notamment du fait des gouvernements des provinces locales.
Nous sommes donc en présence d'une bulle, c'est-à-dire d'un ensemble de croyances erronées de la part d'épargnants/créanciers, en l'occurrence les petits épargnants chinois et quelques investisseurs occidentaux. Ces créanciers vont fatalement devoir subir les pertes en question, soit par une forte inflation (-50% de la valeur de la monnaie sur 5 ans, par exemple), soit par un défaut de paiement des créances.

Quelles seront les conséquences de l'éclatement de la bulle ?

Le PIB, c'est-à-dire la somme des valeurs créées par les unités de production locales, résulte de la conjonction d'un capital physique (et dans une moindre mesure organisationnel), d'un niveau de progrès technique (celui de la Chine est aujourd'hui parvenu au niveau occidental) et d'un capital humain.
  • Maintenant que le capital physique est concrètement présent, même si on découvre qu'il n'est pas rentable, il restera présent : le PIB ne va pas être impacté fortement par ce canal. Cependant, la création de biens et services (notamment lorsque ce sont des biens d'investissement sur-valorisés actuellement en Chine) sera évaluée à une nouvelle valeur, plus faible, d'où une réduction du PIB.
  • Par ailleurs, l'épargne des chinois résulte d'un effort de travail phénoménal (des travailleurs ont accepté de migrer loin de leur domicile, de réaliser des heures de travail démesurées pour se constituer une épargne, d'une part une épargne de précaution d'autre part une épargne de rente qui devait leur permettre de retourner vivre plus paisiblement dans les zones rurales). Lorsqu'ils se rendront compte que les fruits des efforts passés leur auront été spoliés, les travailleurs cesseront nécessairement de travailler aussi durement. Le PIB sera donc impacté aussi par cette voie.
  • Enfin, la désorganisation provoquée par la révision des croyances aura à court terme un effet 'demande ' (par la baisse de la consommation et de l'investissement) et un effet de ré-alocation (avec perte) du capital. En découlera : du chômage, du capital physique inoccupé et une destruction de  capital humain, lorsqu'il est spécifique à un type de production.
Même si on ne reviendra certainement par sur la formidable expansion de la production chinoise depuis 1990, il me semble raisonnable de prévoir une baisse du niveau du PIB de l'ordre de 10% par rapport à son niveau tendanciel (prolongement de la tendance actuelle sur le futur). Cela ne veut pas dire que le PIB baissera nécessairement d'une année sur l'autre : la baisse peut être étalée sur plusieurs années et donc se matérialiser par une moindre croissance. Que cet ajustement soit progressif constitue cependant un scénario plutôt optimiste.

Il demeure trois choses que nous ne sommes pas capables de prévoir :
  1. la date de l'explosion de la bulle ;
  2. la vitesse de l'explosion de la bulle ;
  3. les conséquences qu'aura le mécontentement des épargnants : simples manifestations calmées par des cadeaux du gouvernement ? émeutes aboutissant à une révolution ? ou bien émeutes contenues par la violence étatique ?
Le paramètre clef pour déterminer les conséquences politiques est le comportement de l'armée. L'armée est constituée de soldats, qui ont dans leurs familles des salariés et épargnants qui vont être touchés par la crise. Si la population en vient à croire que leur gouvernement l'a trahie, les soldats penseront pareil. Or les autorités chinoises n'ont plus la capacité de maintenir leur contrôle sur l'armée par la terreur, comme c'est le cas en Corée du nord stalinienne. On peut donc penser que l'armée suivra la population : le pouvoir ne pourra donc pas sortir indemne de cette future crise.


PS : je vous invite, concernant la politique monétaire, à écouter ou ré-écouter l'interview de Pascal Salin que j'ai linkée il y a un mois et demi.

vendredi 28 mai 2010

Pourquoi l'euro est une bonne chose.

Au sein du grand cafouillage que constituent les déclarations des "économistes main-stream' on entend que la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, ce qui est exact, et cela l'empêcherait d'être pérenne, ce qui ne l'est pas. Si on les suivait, pour rendre pérenne la zone euro, il faudrait rajouter une couche supplémentaire de bureaucratie : de la "solidarité" entre les membres (ce que les fonds structurels européens constituent pourtant déjà), pour laquelle la Commission européenne pourrait jouer un rôle d'expertise impartiale, d'entité incorruptible, d'arbitre du mou.

Pourtant, le rôle de la monnaie, pour l'École autrichienne d'économie
(les seuls capables de fournir une explication satisfaisante de la crise financière de 2007) et les nouveaux classiques,  n'est que de fournir aux agents un moyen d'échange pratique, sécurisé et fiable qui ne connaisse que peu de variation de valeur et si possible pas de variation du tout. Pour les autrichiens, ce n'est pas à une banque centrale obscure structure administratro-technocratique dirigiste de fixer la valeur de l'argent dans le temps, c'est-à-dire les taux d'intérêt, mais à la rencontre des offreurs et des demandeurs.

Deux éléments,
pour ces économistes, constituent des faiblesses de l’euro ; ils en sont pour moi des avantages.

1. Depuis la création de l'euro, les pays de la zone sont forcés d'honorer  réellement les dettes qu’ils ont contractées envers d'autres membres de zone. Ceci rentre en contradiction avec la pratique usuelle, qui est de n'en rembourser qu'une partie, grâce à une dévaluation de la monnaie vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux. Cette pratique, conjuguée à un rétablissement de l'équilibre des comptes publics par le pays concerné, suffit ; elle doit être régulièrement renouvelée sinon.


2. Autre avantage, selon moi, de la zone euro : 
les différences de conjoncture entre les pays de la zone empêchent en partie la Banque centrale européenne (BCE) de faire de la politique monétaire conjoncturelle, c'est-à-dire de manipuler sans arrêt les taux d'intérêt au prétexte de faire un réglage fin de l'activité économique pour la porter au niveau de la croissance potentielle sans provoquer durablement d'inflation (sic). Le bon banquier central est celui capable de prévoir les creux conjoncturels 18 mois à l'avance (12 à 18 mois est une des estimations du temps de réaction de l'économie à la politique monétaire) et, en prévision de ces creux conjoncturels, de baisser les taux d'intérêt pour inciter davantage de futurs entrepreneurs à se lancer dans la création d'une activité lucrative. Puis, en prévision des "bosses conjoncturelles" (vous remarquez comme ce terme est peu fréquemment utilisé ?), pour éviter que la dépréciation monétaire continuelle  l'inflation ne  devienne trop spoliatrice  dépasse un seuil arbitraire de 2%, à augmenter les taux d'intérêt pour tuer suffisamment de ces entreprises nouvellement créées. (on notera au passage que les conjoncturistes, par exemple ceux de l'Insee, n'arrivent souvent à prévoir les creux conjoncturels que un à trois mois après qu'ils aient commencés - pour vérifier cela, on peut se référer aux notes de conjoncture de l'Insee de décembre 2002, juin 2008, juin 2009, etc. et les comparer aux données des comptes trimestriels). Au dire des néo-keynésiens, un bon banquier central est celui qui est capable de surprendre le marché, c'est-à-dire - en gros - capable d'empêcher les agents économiques de disposer de prévisions fiables des conditions financières futures. Les agents ont pourtant et avant toute autre chose besoin de stabilité financière : stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie, stabilité des taux d'intérêt, ceci pour leur éviter de se lancer dans une activité économique rentable un jour mais plus le lendemain.

Conséquences à tirer

Les désastres économiques du siècle passé ont conduit à retirer le pouvoir monétaire des mains des hommes politiques, mais pour les confier à des économistes censés être, dans leur tour d'ivoire, indépendants. Ils sont néanmoins nommés et renouvelés (Bernanke l'a discrètement été par Obama en 2009) par le pouvoir.  Cependant, le mythe précaire de banquiers centraux omniscients et incorruptibles, sorte de fusion entre le technocrate parfait et
Casimir, gardien suprême du gloubigoulba de la masse monétaire qui n'augmente pas de plus de  5%   10%  15% par an, a rapidement été mis à mal par les dégâts provoqués sur l'économie américaine par la "bulle Greenspan" des années 2000.

Il est temps de parachever le travail en retirant tout pouvoir monétaire des mains des économistes néo-keynésiens pour le rendre enfin aux marchés et à la saine concurrence. Seul ceci nous amènera une monnaie stable, dont la valeur pourra
par exemple être définie contractuellement, et que les agents, délivrés du monopole de la fausse-monnaie étatique, ne manqueront pas sélectionner parmi les offreurs de monnaie privé. On rappellera que ce rôle de banque centrale a été assuré pendant des siècles, pour le meilleur, par le secteur privé, et vers la fin du millénaire, pour le pire, par les leaders politiques. Aux États-Unis au XIXe siècle, la monnaie, basée des étalons métalliques, gagnait même progressivement de la valeur grâce à une lente et heureuse déflation, pour le plus grand bonheur des épargnants.

mercredi 20 janvier 2010

La vraie situation des finances publiques



Sur le graphique ci-dessus : la position financière NETTE des administrations publiques françaises (c'est-à-dire, en échelle inversée, la dette publique nette), en % du PIB [les données sont extraites du site OECD.stat de l'OCDE (données publiées de l'Economic Outlook de décembre 2009), qui incluent des prévisions jusqu'en 2011].

On savait déjà, en regardant la dette publique brute, que la situation des finances publiques était mauvaise. Ce n'est pas le bon indicateur que l'on regardait : il est bien plus logique de regarder la dette publique nette, qui inclut les participations de l'État. Elle est logiquement plus faible que la dette brute ("seulement" 53% du PIB en 2009), car celle-ci n'inclut pas les participations de l'Etat, mais sa trajectoire est beaucoup plus affolante, car la croissance de la dette brute a été atténuée par les recettes des privatisations.


Quelles conséquences ?
 
La bonne nouvelle, c'est que les privatisations d'EdF et de LaPoste de la Sncf ne devraient plus trop tarder, pour le plus grand bonheur de leurs usagers clients.

La mauvaise, c'est que, compte tenu du potentiel de valorisation de ces entreprises publiques, ça ne suffira pas du tout.
Les deux informations suivantes, bonne et mauvaise, c'est qu'après avoir tenté infructueusement d'augmenter les recettes publiques en augmentant encore et toujours les taux d'imposition déjà furieusement spoliateur, l'État sera bien obligé de réduire ses dépenses : versements aux cancrelats de la subvention, par exemple aux lobbyistes verts, dépenses de "politique de la ville", etc.