vendredi 28 mai 2010

Pourquoi l'euro est une bonne chose.

Au sein du grand cafouillage que constituent les déclarations des "économistes main-stream' on entend que la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, ce qui est exact, et cela l'empêcherait d'être pérenne, ce qui ne l'est pas. Si on les suivait, pour rendre pérenne la zone euro, il faudrait rajouter une couche supplémentaire de bureaucratie : de la "solidarité" entre les membres (ce que les fonds structurels européens constituent pourtant déjà), pour laquelle la Commission européenne pourrait jouer un rôle d'expertise impartiale, d'entité incorruptible, d'arbitre du mou.

Pourtant, le rôle de la monnaie, pour l'École autrichienne d'économie
(les seuls capables de fournir une explication satisfaisante de la crise financière de 2007) et les nouveaux classiques,  n'est que de fournir aux agents un moyen d'échange pratique, sécurisé et fiable qui ne connaisse que peu de variation de valeur et si possible pas de variation du tout. Pour les autrichiens, ce n'est pas à une banque centrale obscure structure administratro-technocratique dirigiste de fixer la valeur de l'argent dans le temps, c'est-à-dire les taux d'intérêt, mais à la rencontre des offreurs et des demandeurs.

Deux éléments,
pour ces économistes, constituent des faiblesses de l’euro ; ils en sont pour moi des avantages.

1. Depuis la création de l'euro, les pays de la zone sont forcés d'honorer  réellement les dettes qu’ils ont contractées envers d'autres membres de zone. Ceci rentre en contradiction avec la pratique usuelle, qui est de n'en rembourser qu'une partie, grâce à une dévaluation de la monnaie vis-à-vis des principaux partenaires commerciaux. Cette pratique, conjuguée à un rétablissement de l'équilibre des comptes publics par le pays concerné, suffit ; elle doit être régulièrement renouvelée sinon.


2. Autre avantage, selon moi, de la zone euro : 
les différences de conjoncture entre les pays de la zone empêchent en partie la Banque centrale européenne (BCE) de faire de la politique monétaire conjoncturelle, c'est-à-dire de manipuler sans arrêt les taux d'intérêt au prétexte de faire un réglage fin de l'activité économique pour la porter au niveau de la croissance potentielle sans provoquer durablement d'inflation (sic). Le bon banquier central est celui capable de prévoir les creux conjoncturels 18 mois à l'avance (12 à 18 mois est une des estimations du temps de réaction de l'économie à la politique monétaire) et, en prévision de ces creux conjoncturels, de baisser les taux d'intérêt pour inciter davantage de futurs entrepreneurs à se lancer dans la création d'une activité lucrative. Puis, en prévision des "bosses conjoncturelles" (vous remarquez comme ce terme est peu fréquemment utilisé ?), pour éviter que la dépréciation monétaire continuelle  l'inflation ne  devienne trop spoliatrice  dépasse un seuil arbitraire de 2%, à augmenter les taux d'intérêt pour tuer suffisamment de ces entreprises nouvellement créées. (on notera au passage que les conjoncturistes, par exemple ceux de l'Insee, n'arrivent souvent à prévoir les creux conjoncturels que un à trois mois après qu'ils aient commencés - pour vérifier cela, on peut se référer aux notes de conjoncture de l'Insee de décembre 2002, juin 2008, juin 2009, etc. et les comparer aux données des comptes trimestriels). Au dire des néo-keynésiens, un bon banquier central est celui qui est capable de surprendre le marché, c'est-à-dire - en gros - capable d'empêcher les agents économiques de disposer de prévisions fiables des conditions financières futures. Les agents ont pourtant et avant toute autre chose besoin de stabilité financière : stabilité du pouvoir d'achat de la monnaie, stabilité des taux d'intérêt, ceci pour leur éviter de se lancer dans une activité économique rentable un jour mais plus le lendemain.

Conséquences à tirer

Les désastres économiques du siècle passé ont conduit à retirer le pouvoir monétaire des mains des hommes politiques, mais pour les confier à des économistes censés être, dans leur tour d'ivoire, indépendants. Ils sont néanmoins nommés et renouvelés (Bernanke l'a discrètement été par Obama en 2009) par le pouvoir.  Cependant, le mythe précaire de banquiers centraux omniscients et incorruptibles, sorte de fusion entre le technocrate parfait et
Casimir, gardien suprême du gloubigoulba de la masse monétaire qui n'augmente pas de plus de  5%   10%  15% par an, a rapidement été mis à mal par les dégâts provoqués sur l'économie américaine par la "bulle Greenspan" des années 2000.

Il est temps de parachever le travail en retirant tout pouvoir monétaire des mains des économistes néo-keynésiens pour le rendre enfin aux marchés et à la saine concurrence. Seul ceci nous amènera une monnaie stable, dont la valeur pourra
par exemple être définie contractuellement, et que les agents, délivrés du monopole de la fausse-monnaie étatique, ne manqueront pas sélectionner parmi les offreurs de monnaie privé. On rappellera que ce rôle de banque centrale a été assuré pendant des siècles, pour le meilleur, par le secteur privé, et vers la fin du millénaire, pour le pire, par les leaders politiques. Aux États-Unis au XIXe siècle, la monnaie, basée des étalons métalliques, gagnait même progressivement de la valeur grâce à une lente et heureuse déflation, pour le plus grand bonheur des épargnants.

mercredi 20 janvier 2010

La vraie situation des finances publiques



Sur le graphique ci-dessus : la position financière NETTE des administrations publiques françaises (c'est-à-dire, en échelle inversée, la dette publique nette), en % du PIB [les données sont extraites du site OECD.stat de l'OCDE (données publiées de l'Economic Outlook de décembre 2009), qui incluent des prévisions jusqu'en 2011].

On savait déjà, en regardant la dette publique brute, que la situation des finances publiques était mauvaise. Ce n'est pas le bon indicateur que l'on regardait : il est bien plus logique de regarder la dette publique nette, qui inclut les participations de l'État. Elle est logiquement plus faible que la dette brute ("seulement" 53% du PIB en 2009), car celle-ci n'inclut pas les participations de l'Etat, mais sa trajectoire est beaucoup plus affolante, car la croissance de la dette brute a été atténuée par les recettes des privatisations.


Quelles conséquences ?
 
La bonne nouvelle, c'est que les privatisations d'EdF et de LaPoste de la Sncf ne devraient plus trop tarder, pour le plus grand bonheur de leurs usagers clients.

La mauvaise, c'est que, compte tenu du potentiel de valorisation de ces entreprises publiques, ça ne suffira pas du tout.
Les deux informations suivantes, bonne et mauvaise, c'est qu'après avoir tenté infructueusement d'augmenter les recettes publiques en augmentant encore et toujours les taux d'imposition déjà furieusement spoliateur, l'État sera bien obligé de réduire ses dépenses : versements aux cancrelats de la subvention, par exemple aux lobbyistes verts, dépenses de "politique de la ville", etc.